Le curcuma mère, du coffret au jardin

Vous venez peut-être d’en prélever une pincée, et il en reste la trace : ce jaune d’or qui marque le bout des doigts et ne s’excuse pas. Puis, en bouche, une chaleur douce, sans piquant. C’est le curcuma mère — et derrière cette poudre se cachent une racine, beaucoup de patience et une tradition réunionnaise. Suivez-moi donc au jardin, à plus de 9 000 kilomètres de votre cuisine.

Qu’est-ce que le curcuma mère ?

Pas une épice qu’on achète. Une racine qu’on déterre. Au jardin, le rhizome de curcuma pousse caché sous terre, et il a une anatomie : autour, d’abord, des doigts — ces petites racines latérales que l’on retrouve, fraîches ou en poudre, dans les cuisines du monde entier. Au centre, une racine principale, plus dense et plus concentrée : la mère, celle qui porte la génération suivante.

C’est d’elle que je pars. Je la déterre à la main, puis je n’en garde que le cœur — la partie la plus fine, la plus pure. Sa puissance n’a rien à voir avec celle d’un curcuma industriel : une demi-cuillère suffit là où on en aurait mis trois.

Le safran péi, une tradition réunionnaise

Curcuma mère de La Réunion, racine centrale du rhizome cultivé au jardin du Lambert, séchée et réduite en poudre

À La Réunion, le curcuma porte un autre nom : le safran péi. Sa capitale se trouve à la Plaine des Grègues, dans les hauteurs de Saint-Joseph, où des familles de planteurs le cultivent et le transforment de génération en génération — au point qu’une fête lui est consacrée chaque année. Là-bas, au temps de la récolte, les lamelles de racine sèchent parfois encore sur les toits, tandis que les cours se couvrent d’orange lumineux.

Mon jardin à moi se trouve à l’autre bout de l’île, au Lambert, dans les Hauts de l’Étang-Salé. Mais le geste est le même, hérité de cette tradition : déterrer, laver, trancher, sécher. Et attendre, surtout — car entre la plantation et la récolte, le curcuma prend bien plus d’une année.

Le curcuma mère, du jardin à la pincée

Ainsi, quand les feuilles jaunissent, la racine est mûre. Je déterre alors le rhizome et je prélève la mère ; je la brosse, je la lave, je l’épluche. Ensuite, je n’en garde que le cœur, coupé en lamelles fines, séchées à l’air — jamais brusquées. Enfin, les lamelles deviennent poudre.

En somme, rien d’autre n’entre dans sa préparation. Une racine, de l’air, du temps. C’est pourquoi la couleur est plus profonde et le parfum plus dense que ceux des poudres du commerce.

Curcuma, gingembre, poivre : une affaire de famille

Le curcuma et le gingembre sont cousins — même famille botanique, celle des zingibéracées. Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’ils s’entendent si bien : dans mon atelier, un chocolat blanc travaillé au curcuma et au gingembre étonne tous ceux qui y goûtent. On croit à un mariage audacieux ; c’est en réalité une réunion de famille.

Quant au poivre noir, il n’est pas un détail : sa pipérine aide le corps à absorber la curcumine, le pigment d’or du curcuma. C’est pourquoi le lait d’or du coffret les réunit tous — le curcuma, le gingembre, le poivre, et la douceur du galabé pour les accorder.

Prolonger le voyage

À la maison, le curcuma mère se glisse partout où l’on veut un peu de chaleur sans piquant. Dans le lait d’or, d’abord — la recette est glissée dans le coffret. Saupoudré ensuite sur un riz au lait, voile jaune doré sur la blancheur : inattendu, et juste. Et puis sur une pomme cuite, dans un yaourt grec, sur un poisson blanc. Dosez cependant du bout de la cuillère : une pointe suffit.

Enfin, si cette racine vous a parlé, mes douceurs au curcuma du jardin vous attendent sur la boutique.

Les histoires des trois autres matières du coffret, quant à elles, se lisent ici : le galabé, le velours de canne et la feuille de quatre épices.

Et pour suivre la vie du jardin ainsi que les prochaines éditions du coffret, ma newsletter vous attend.

(PS : si vos doigts sont encore jaunes, rassurez-vous, c’est la signature de la maison. Le curcuma colore tout ce qu’il touche — les souvenirs aussi.)